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Taxe sur la Fortune Improductive : quelle conséquence pour le conseil en France ?

  • Florian
  • 5 nov. 2025
  • 4 min de lecture
e drapeau français évoque l’État, la souveraineté et la politique publique


Une réforme fiscale qui interroge la dynamique patrimoniale et stratégique

Depuis plusieurs mois, la proposition d’une « taxe sur la fortune improductive » (TFI) occupe une place croissante dans le débat fiscal français. Voulue par certains responsables politiques pour pénaliser les patrimoines jugés inactifs économiquement, cette mesure soulève un certain nombre d’enjeux, tant pour les investisseurs que pour les entreprises. Dans le secteur du conseil, elle interpelle particulièrement les acteurs spécialisés en stratégie patrimoniale, fiscalité et gestion d’actifs, mais également les cabinets accompagnant des entreprises familiales ou des clients fortunés. Quels effets la TFI pourrait-elle produire sur l’offre de conseil ? Et comment les cabinets se préparent-ils à un éventuel changement ? Décryptage.


Un projet de taxation ciblant les actifs jugés peu productifs

L’idée d’une taxe sur la fortune improductive repose sur un postulat : certains patrimoines – immobiliers, fonciers ou mobiliers – constitueraient une « rente » qui contribue peu à la croissance économique, en comparaison aux investissements en capital productif (entreprises, technologies, innovation). Ce projet pourrait prendre la forme d’un impôt complémentaire sur les actifs jugés non créateurs de valeur, en particulier l’immobilier haut de gamme, les résidences secondaires, les terres non exploitées, ou encore certains placements financiers passifs. À la différence de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), cette nouvelle taxe s’attaquerait plus largement aux formes de capital immobile.


Un bouleversement en perspective pour les cabinets de conseil spécialisés


Réorientation des offres de conseil patrimonial

Pour les sociétés de conseil en gestion de patrimoine, cette taxe représenterait une profonde remise en question des stratégies classiques d’optimisation. À Paris ou Lyon, de nombreux cabinets accompagnent aujourd’hui des entrepreneurs ou des familles fortunées dans l’allocation de leurs actifs, avec une part significative investie dans des valeurs refuges comme l’immobilier.« La taxation de la fortune improductive pourrait pousser nos clients vers des investissements plus dynamiques, mais aussi plus complexes à gérer », confie un associé d’un grand cabinet français. En conséquence, les missions de conseil pourraient s’élargir vers de l’ingénierie financière avancée, de l’accompagnement à la création de holdings ou de véhicules d’investissement innovants.


Hausse attendue de la demande en structuration et compliance

Avec ce type de réforme, les enjeux de conformité fiscale deviennent centraux. Les cabinets seront sollicités pour assurer la sécurisation juridique des montages et prévenir tout risque requalificatif. Déjà très actifs sur ces problématiques, les cabinets comme EY, Deloitte ou Mazars prévoient une montée en puissance des activités mêlant conseil fiscal, juridique et stratégique. La structuration patrimoniale transfrontalière, l’arbitrage entre biens personnels et actifs professionnels, ou encore les donations anticipées pourraient redevenir des thèmes clésdans les missions proposées aux particuliers fortunés.


Effets d’entraînement sur le conseil en stratégie et en transformation


Impact sur les entreprises familiales et les holdings patrimoniales

Si la TFI devait voir le jour, elle pourrait notamment frapper des structures familiales ou des holdings qui concentrent des actifs passifs. Pour les cabinets de conseil en stratégie économique, cela signifierait la nécessité de repenser les modèles économiques, voire de recommander la cession d’actifs au profit de réinvestissements dans l’économie réelle. Les offres de transformation financière, de financement d’innovation ou encore d’investissement ESG pourraient gagner une nouvelle légitimité dans ce contexte.


Un levier d’accélération pour la transition vers une économie à impact

Par ailleurs, ce signal fiscal pourrait faire écho aux aspirations d’une nouvelle génération d’investisseurs, plus sensibles aux enjeux de durabilité et de performance extra-financière. De nombreux cabinets, notamment ceux du secteur indépendant (comme Accuracy, Eight Advisory ou Kea & Partners), développent désormais des offres orientées vers la durabilité du capital et la régénération économique des actifs. La TFI pourrait donc indirectement inciter les entreprises à repositionner leur stratégie d'investissement sur des logiques plus productives, alignées avec les objectifs de transition écologique ou sociétale.


Une attractivité fiscale en débat : risque de fuite ou d’innovation ?

Reste la question centrale de l’attractivité du territoire français. Certains acteurs redoutent une fuite des capitaux ou un retour du « French bashing » fiscal. Les cabinets travaillant avec des clients internationaux s’inquiètent d’une complexité accrue du cadre fiscal, qui pourrait dissuader de nouveaux investissements. D’un autre côté, de nombreux experts appellent à considérer cette taxe non comme une menace, mais comme une opportunité d’innovation dans les métiers du conseil: davantage de pédagogie sur l’allocation productive du capital, développement des outils digitaux d’optimisation, hybridation entre conseil financier, juridique et stratégique.


Un révélateur de mutations en cours dans le conseil

Au-delà de ses implications fiscales, le débat autour de la taxe sur la fortune improductive met en lumière l’évolution des attentes vis-à-vis du conseil. Face aux pressions réglementaires et sociales, les cabinets doivent démontrer leur capacité à accompagner des choix responsables, efficaces et alignés avec les politiques publiques. La frontière classique entre optimisation fiscale et responsabilité économique devient plus poreuse. Ce mouvement oblige les cabinets à revoir leurs modèles économiques, leurs offres, voire leurs valeurs ajoutées fondamentales. Loin d’être anecdotique, la TFI pourrait être un catalyseur de mutation stratégique dans les métiers du conseil en France.


Conclusion : vers un nouveau paradigme pour le conseil patrimonial et stratégique

La possible introduction d’une taxe sur la fortune improductive représente bien plus qu’un simple ajustement fiscal. Elle révèle une inflexion dans la manière dont les pouvoirs publics – et la société dans son ensemble – envisagent l’usage social et économique du capital. Pour les cabinets de conseil, cela implique une capacité d’anticipation, d’adaptation et d’invention. Entre gestion du risque, transformation d’actifs et alignement avec l’intérêt général, les consultants sont aujourd’hui invités à redéfinir leur rôle, non plus simplement comme techniciens de l’optimisation, mais comme architectes de récits patrimoniaux tournés vers la productivité et l’impact. Dans ce nouvel écosystème, la valeur du conseil ne résidera plus seulement dans sa capacité à protéger, mais aussi à orienter – vers une richesse réellement active, transparente et durable.

 
 
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